Le 6 juillet 2026, les consortiums DEFFINOV d’Auvergne-Rhône-Alpes se sont réunis à l’Hôtel de Région à Lyon pour partager leurs résultats, capitaliser sur leurs expérimentations et préparer l’avenir de ces coopérations. Une journée qui confirme la pertinence du modèle porté depuis plusieurs années par Cédille.

Et si la meilleure salle de formation n’était pas une salle de formation ? En 2022, le réseau Cédille (porté par Le Moulin Digital, avec le 8 Fablab, Les Tracols et ASOFT Nyons Numérique) a fait le pari inverse de la formation professionnelle classique : plutôt que de faire venir les Drômois vers l’offre, faire venir l’offre dans les lieux qu’ils fréquentent déjà.
Lauréat de l’appel à projets national DEFFINOV Tiers-Lieux, le collectif a construit « Les campus ruraux : se former près de chez soi », un dispositif qui vient de souffler sa dernière bougie lors de la rencontre annuelle du 6 juillet à Lyon. L’occasion de regarder, chiffres à l’appui, ce que quatre ans de terrain ont réellement changé.


Lancé par l’État, le programme DEFFINOV accompagne des projets innovants visant à rapprocher la formation des habitants en s’appuyant sur les tiers-lieux.
Au-delà du financement de nouvelles actions, l’ambition est de faire émerger des méthodes reproductibles qui répondent à plusieurs défis :
La rencontre régionale organisée en juillet avait à ce titre pour objectif de capitaliser sur ces expérimentations afin d’en diffuser les enseignements.


Le projet est le résultat d’un travail de concertation mené avec France Travail, les Missions Locales, Cap Emploi, des collectivités, des entreprises, des organismes de formation et les tiers-lieux drômois.
Plusieurs constats sont ressortis :
Dans certains territoires ruraux, un trajet de seulement 25 kilomètres peut nécessiter plus d’une heure de transport en commun, constituant un frein majeur à l’accès à la formation.
Face à ces constats, le consortium a construit une réponse simple : proposer la bonne formation, au bon endroit, avec les bons partenaires.



Afin de répondre aux besoins des territoires et des filières en tension, le consortium drômois a structuré son action autour de quatre grands campus :
Cette organisation permet de rapprocher les besoins des entreprises, les aspirations des habitants et les compétences développées dans les tiers-lieux.
L’une des spécificités du projet est de ne pas considérer la formation comme un simple temps pédagogique.
Les tiers-lieux interviennent tout au long du parcours :
Cette approche contribue à limiter les abandons de formation tout en facilitant l’accès à l’emploi.
Les résultats présentés lors de la rencontre régionale sont encourageants :
Au-delà des chiffres, ces expérimentations montrent que les tiers-lieux créent des parcours plus accessibles, plus humains et plus ancrés dans les réalités locales.


Les ateliers de la journée ont également mis en évidence un enjeu majeur : pérenniser les coopérations créées grâce à DEFFINOV.
Mutualisation des ressources pédagogiques, partage d’outils numériques, Open Badges, coopération européenne, animation de communautés de pratiques… autant de pistes qui prolongent une dynamique déjà engagée au sein du réseau Cédille.
Cette logique de coopération est également au cœur du projet initial, qui visait à décloisonner les mondes de la formation, de l’emploi et des tiers-lieux afin de construire une véritable ingénierie territoriale.


La conférence de Sana Dieudonné, PhD a apporté une lecture inspirante pour les acteurs des tiers-lieux.
Face aux défis sociaux, économiques et écologiques, elle invite à privilégier la robustesse plutôt que la seule recherche de performance : développer des organisations capables de coopérer, de s’adapter aux changements et de créer des réponses durables.
Une vision qui résonne pleinement avec les valeurs portées par Cédille, où la coopération, la diversité des acteurs, l’expérimentation et l’ancrage territorial constituent les fondements d’une innovation utile et au service de l’intérêt général.

Le dispositif régional touche à sa fin, mais la question qui a occupé une bonne partie des ateliers de l’après-midi porte déjà sur la suite : comment pérenniser sans le filet de l’appel à projets ?
Deux pistes se dessinent. D’abord, mutualiser davantage entre lauréats de la région : bibliothèque commune de ressources, animation de temps de bilan partagés, ouverture aux nouveaux entrants. Ensuite, faire reconnaître le concept même de tiers-lieu de formation au niveau européen, à l’heure où les futures programmations post-2027 redessinent les contours du FEDER et des fonds structurels : sans cette reconnaissance, les tiers-lieux risquent de rester dans une zone grise administrative qui complique l’accès aux financements de demain.
Pour le réseau Cédille, quatre ans après avoir parié sur la proximité, force est de constater que se former près de chez soi n’est pas un compromis, mais un modèle. Reste à convaincre l’échelon européen d’y croire aussi.